Les divergences franco-allemandes : le frein de l’UE

20 mars 2026

Basé sur l’analyse du Rhodium Group (Février 2026) :
hypothèses sur quelques conséquences

Les divergences entre Paris et Berlin en ce mois de mars 2026 ne sont plus de simples « frictions diplomatiques », elles constituent un véritable plafond de verre pour l’autonomie stratégique européenne.

Alors que les États-Unis et la Chine réagissent avec une vélocité foudroyante aux crises, l’UE reste entravée par deux visions du monde qui peinent à s’accorder sur le « comment ».

 

1. Pourquoi ces divergences sont-elles un frein majeur ?

Le blocage franco-allemand crée une fragmentation industrielle. Au lieu de massifier la production pour réduire les coûts et concurrencer les géants mondiaux, l’Europe multiplie les projets nationaux ou les coopérations mal nées.

· Perte de temps : Comme le souligne l’IFRI en ce début d’année, « l’Allemagne a désormais l’argent mais n’a plus le temps », tandis que la France a la vision mais plus les moyens. Cette asynchronie empêche toute réponse rapide aux chocs extérieurs.

· Inertie réglementaire : Les désaccords sur la dérégulation bloquent l’émergence d’un « marché unique de l’énergie et de la défense », laissant les entreprises européennes exposées à des prix de l’énergie volatils et à une bureaucratie pesante.

 

2. Le domaine militaire : L’agonie du SCAF

Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), pilier de la défense européenne, est en réanimation. Une ultime médiation entre Dassault et Airbus a été lancée ce 19 mars, avec une « date butoir » fixée à mi-avril 2026.

Les points de fracture concrets :

· Gouvernance industrielle : Dassault refuse de partager son expertise sur les commandes de vol (le « cœur » de l’avion), craignant une captation technologique par Airbus (piloté par l’Allemagne).

· Besoins opérationnels divergents : La France exige un avion navalisable (pour son futur porte-avions) et capable d’emporter la dissuasion nucléaire. L’Allemagne, plus ancrée dans l’OTAN, privilégie une plateforme d’interception et a déjà sécurisé sa capacité nucléaire via l’achat de F-35 américains, ce qui décrédibilise son engagement de long terme pour un avion 100% européen.

· Le « Plan B » allemand : Des voix s’élèvent à Berlin pour un projet de chasseur piloté par l’Allemagne, excluant le leadership français.

 

3. Le domaine économique : Protection vs Dérégulation

Friedrich Merz et Emmanuel Macron s’accordent sur le diagnostic (l’Europe décroche), mais s’affrontent sur le remède.

 

Point de friction

Position de la France (Macron)

Position de l’Allemagne (Merz)

Philosophie

Protectionnisme ciblé : « Made in Europe », quotas et barrières tarifaires contre la Chine.

Dérégulation radicale : « Silence vaut acceptation » pour les projets industriels, réduction massive des normes.

Aides d’État

Favorable à des subventions massives pour les filières stratégiques (batteries, hydrogène).

Prône une stricte discipline budgétaire et une baisse d’impôts généralisée sur les sociétés.

Commerce

Refus persistant du Mercosur pour protéger les agriculteurs français.

Pression pour signer des accords de libre-échange afin d’ouvrir de nouveaux débouchés à l’industrie allemande.

 

4. L’impact du conflit au Moyen-Orient (Mars 2026)

Le déclenchement des hostilités par les USA et Israël a agi comme un accélérateur de crise.

· Le choc énergétique : Le pétrole ayant franchi la barre des 120$ (avec des pointes à 130$ suite au blocage du détroit d’Ormuz), l’industrie chimique allemande est passée en « mode de crise absolu ».

· Conséquence pour Rhodium : Les analyses de Rhodium Group sur le « Choc Chinois » doivent être réévaluées : l’urgence n’est plus seulement de se protéger de la Chine, mais de survivre à un choc de coût de l’énergie que l’Allemagne, sans son gaz russe et avec une transition nucléaire achevée, subit de plein fouet.

Ce conflit fragilise Merz : il l’oblige à arbitrer entre son idéologie de dérégulation et la nécessité d’interventions étatiques d’urgence pour sauver les fleurons de la chimie (BASF, Covestro), ce qui le rapproche paradoxalement… de la ligne française.