Basé sur l’analyse du Rhodium Group (Février 2026) :
hypothèses sur quelques conséquences
Les divergences entre Paris et Berlin en ce mois de mars 2026 ne sont plus de simples « frictions diplomatiques », elles constituent un véritable plafond de verre pour l’autonomie stratégique européenne.
Alors que les États-Unis et la Chine réagissent avec une vélocité foudroyante aux crises, l’UE reste entravée par deux visions du monde qui peinent à s’accorder sur le « comment ».
1. Pourquoi ces divergences sont-elles un frein majeur ?
Le blocage franco-allemand crée une fragmentation industrielle. Au lieu de massifier la production pour réduire les coûts et concurrencer les géants mondiaux, l’Europe multiplie les projets nationaux ou les coopérations mal nées.
· Perte de temps : Comme le souligne l’IFRI en ce début d’année, « l’Allemagne a désormais l’argent mais n’a plus le temps », tandis que la France a la vision mais plus les moyens. Cette asynchronie empêche toute réponse rapide aux chocs extérieurs.
· Inertie réglementaire : Les désaccords sur la dérégulation bloquent l’émergence d’un « marché unique de l’énergie et de la défense », laissant les entreprises européennes exposées à des prix de l’énergie volatils et à une bureaucratie pesante.
2. Le domaine militaire : L’agonie du SCAF
Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), pilier de la défense européenne, est en réanimation. Une ultime médiation entre Dassault et Airbus a été lancée ce 19 mars, avec une « date butoir » fixée à mi-avril 2026.
Les points de fracture concrets :
· Gouvernance industrielle : Dassault refuse de partager son expertise sur les commandes de vol (le « cœur » de l’avion), craignant une captation technologique par Airbus (piloté par l’Allemagne).
· Besoins opérationnels divergents : La France exige un avion navalisable (pour son futur porte-avions) et capable d’emporter la dissuasion nucléaire. L’Allemagne, plus ancrée dans l’OTAN, privilégie une plateforme d’interception et a déjà sécurisé sa capacité nucléaire via l’achat de F-35 américains, ce qui décrédibilise son engagement de long terme pour un avion 100% européen.
· Le « Plan B » allemand : Des voix s’élèvent à Berlin pour un projet de chasseur piloté par l’Allemagne, excluant le leadership français.
3. Le domaine économique : Protection vs Dérégulation
Friedrich Merz et Emmanuel Macron s’accordent sur le diagnostic (l’Europe décroche), mais s’affrontent sur le remède.
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Point de friction |
Position de la France (Macron) |
Position de l’Allemagne (Merz) |
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Philosophie |
Protectionnisme ciblé : « Made in Europe », quotas et barrières tarifaires contre la Chine. |
Dérégulation radicale : « Silence vaut acceptation » pour les projets industriels, réduction massive des normes. |
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Aides d’État |
Favorable à des subventions massives pour les filières stratégiques (batteries, hydrogène). |
Prône une stricte discipline budgétaire et une baisse d’impôts généralisée sur les sociétés. |
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Commerce |
Refus persistant du Mercosur pour protéger les agriculteurs français. |
Pression pour signer des accords de libre-échange afin d’ouvrir de nouveaux débouchés à l’industrie allemande. |
4. L’impact du conflit au Moyen-Orient (Mars 2026)
Le déclenchement des hostilités par les USA et Israël a agi comme un accélérateur de crise.
· Le choc énergétique : Le pétrole ayant franchi la barre des 120$ (avec des pointes à 130$ suite au blocage du détroit d’Ormuz), l’industrie chimique allemande est passée en « mode de crise absolu ».
· Conséquence pour Rhodium : Les analyses de Rhodium Group sur le « Choc Chinois » doivent être réévaluées : l’urgence n’est plus seulement de se protéger de la Chine, mais de survivre à un choc de coût de l’énergie que l’Allemagne, sans son gaz russe et avec une transition nucléaire achevée, subit de plein fouet.
Ce conflit fragilise Merz : il l’oblige à arbitrer entre son idéologie de dérégulation et la nécessité d’interventions étatiques d’urgence pour sauver les fleurons de la chimie (BASF, Covestro), ce qui le rapproche paradoxalement… de la ligne française.
