Le « Choc Chinois » de l’Allemagne Revisité

20 mars 2026

Basé sur l’analyse du Rhodium Group (1/3)

(Février 2026)

Introduction : Qui est le Rhodium Group ?

Avant d’aborder l’analyse, il est essentiel de situer la source. Le Rhodium Group est un cabinet de recherche indépendant de premier plan, basé à New York, avec des bureaux à Berlin et Paris.

· Expertise : Il est mondialement reconnu pour son analyse de données critiques sur l’économie chinoise, les flux de capitaux mondiaux et la transition énergétique.

· Influence : Leurs travaux font autorité auprès des gouvernements du G7 et des institutions européennes, notamment pour leur capacité à quantifier l’impact des politiques industrielles chinoises sur les marchés occidentaux.

· Approche : Contrairement à des cabinets généralistes, Rhodium croise des données de terrain (investissements, douanes) avec une analyse fine des cadres réglementaires.

I. Le Contexte : Une Visite Sous Haute Pression (Février 2026)

Le Chancelier Friedrich Merz s’est rendu à Pékin dans un climat de tension inédit. Après neuf mois au pouvoir, cette visite a marqué un tournant par rapport à l’ère Merkel.

· L’offensive diplomatique chinoise : Pékin intensifie sa pression pour obtenir un Accord de Libre-Échange (ALE) avec l’UE.

· L’objectif de Pékin : Contourner la Commission européenne (chargée de la politique commerciale) en cooptant l’Allemagne, afin de neutraliser les futures règles européennes sur le contenu local et la cybersécurité.

· Le refus allemand : Berlin a déjà rejeté les demandes de relancer l’Accord Global sur les Investissements (CAI) et refuse de s’aligner sur l’Initiative de Gouvernance Mondiale de Xi Jinping.

II. Le Constat Économique : Des Chiffres « Désastreux »

Le rapport souligne que le modèle économique allemand face à la Chine est en train de se rompre.

· L’effondrement des exportations : Les exportations allemandes vers la Chine ont chuté de
23 % depuis leur pic de 2022.

· Le secteur automobile en première ligne : Les exportations de voitures se sont effondrées de
66 %
. Les constructeurs allemands perdent non seulement des parts de marché en Chine, mais voient leurs profits s’évaporer face à la concurrence locale.

· La menace sur les marchés tiers : Le risque ne concerne plus seulement le marché chinois. Les entreprises chinoises expulsent les leaders allemands de leurs marchés historiques (Asie, Amérique, Europe) dans quatre secteurs clés : 1. Matériel de production d’énergie, 2. Machines-outils, 3. Automobile (électrique), 4. Chimie.

III. Les Risques Structurels pour l’Europe

L’analyse identifie trois facteurs aggravants qui menacent la stabilité économique européenne :

· Le dumping lié aux surcapacités : L’écosystème manufacturier chinois, soutenu par des subventions massives, produit à bas coût des surplus que le marché intérieur chinois ne peut absorber.

· Le détournement des flux : Suite aux restrictions imposées par les États-Unis, les exportations chinoises sont massivement redirigées vers le marché européen, saturant l’offre et cassant les prix.

· L’effet de change : La faiblesse du yuan par rapport à l’euro renforce mécaniquement la compétitivité-prix des produits chinois au détriment de l’industrie européenne.

IV. La Stratégie Merz : Le « Réalisme de Principe »

Face à ce constat, le Chancelier Merz adopte une posture de rupture, qualifiée de « réalisme de principe » (principled realism).

· Fin de la complaisance : Contrairement aux récents « resets » britanniques ou canadiens, Berlin refuse de présenter la Chine comme un garant de stabilité.

· De-risking vs Decoupling : L’objectif n’est pas de se couper de la Chine (impossible économiquement), mais de réduire activement les dépendances critiques.

· Souveraineté européenne : Merz mise sur une approche européenne unie. Le message est clair : la crédibilité de l’Allemagne dépendra de sa capacité à prendre des mesures de protection industrielle (défense commerciale) dès le retour de la délégation.

V. Les Points de Friction Géopolitiques

La relation n’est plus uniquement commerciale; elle est désormais percutée par la sécurité globale:

· Ukraine : Le soutien chinois à l’effort de guerre russe reste un point de blocage majeur.

· Taïwan : La tension monte. La Chine est devenue beaucoup plus agressive sur ce sujet dans les dialogues bilatéraux. Berlin a durci sa position : tout changement du statu quo par la force aurait des conséquences majeures pour les intérêts économiques européens.

Conclusion : (recommandations pour les décideurs)

· Anticiper la protection : Le gouvernement allemand s’apprête à passer des paroles aux actes en matière de protection de son industrie (mesures miroirs, restrictions d’accès au marché).

· Diversification urgente : Les chiffres montrent que le marché chinois n’est plus le moteur de croissance qu’il était pour l’ingénierie européenne.

· Unité européenne : La stratégie de Pékin est de diviser pour régner. La réponse des entreprises et des États doit impérativement passer par le cadre de Bruxelles pour maintenir un rapport de force.