Basé sur l’analyse du Rhodium Group (2/3)
Depuis la note du Rhodium Group de la mi-février 2026 et la visite du Chancelier Merz à Pékin (24-27 février), la situation géopolitique et économique a radicalement changé. Voici une analyse de l’influence de Merz sur les réformes européennes et de l’impact du nouveau conflit au Moyen-Orient sur les cadres d’analyse.
1. L’influence de Friedrich Merz sur les réformes de l’UE (2025-2026)
Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2025, Friedrich Merz a imposé un style de leadership plus assertif, rompant avec la prudence d’Olaf Scholz :
- La fin du « German Vote » : L’une de ses plus grandes réussites symboliques et pratiques a été de mettre fin aux abstentions systématiques de l’Allemagne à Bruxelles lorsque la coalition était divisée. En imposant une ligne directrice claire, il a rendu l’Allemagne plus prévisible, facilitant ainsi l’adoption de directives sur la cybersécurité et le contenu local mentionnées dans votre texte initial.
- Priorité à la Compétitivité et à la Défense : Lors du Conseil européen de décembre 2025, Merz a réussi à faire pivoter l’agenda budgétaire vers une « architecture financière nouvelle ». Il milite pour que les fonds européens soient massivement réalloués vers l’innovation industrielle et la défense commune, quitte à froisser certains partenaires sur la rigueur budgétaire.
- L’efficacité avant l’unanimité : Face aux lenteurs à 27, Merz privilégie de plus en plus des formats restreints (comme le Triangle de Weimar avec la France et la Pologne ou l’E3) pour accélérer les décisions de sécurité, influençant l’UE vers une « géométrie variable » plus agile.
- Limites de son action : Malgré son activisme, il se heurte à une base politique fragile en Allemagne et aux divergences persistantes avec la France sur les modalités de la dérégulation industrielle. Le « réalisme de principe » qu’il prône est testé par la nécessité de maintenir une cohésion européenne face aux chocs extérieurs.
2. Impact du conflit Iran/USA/Israël sur les analyses du Rhodium GroupL’éclatement des hostilités le 28 février 2026, quelques jours seulement après le retour de Merz de Chine, a profondément perturbé le cadre d’analyse du Rhodium Group :
-> Bouleversement du « De-risking » : L’analyse de Rhodium se concentrait sur la dépendance industrielle envers la Chine. Le conflit actuel déplace l’urgence vers la sécurité énergétique. Avec la chute de 70 % des passages dans le détroit d’Ormuz, l’Europe subit un choc d’approvisionnement massif. Rhodium doit désormais intégrer le risque de « double choc » : une industrie déjà affaiblie par la concurrence chinoise qui doit maintenant payer l’énergie 15 à 20 % plus cher (pétrole autour de 85$ avec des pics à 130$).
-> La Chine comme « garant de stabilité » décrédibilisée : Le texte de Rhodium mentionnait que Pékin voulait se présenter comme un pôle de stabilité mondial face au « désordre » américain. L’incapacité (ou le refus) de la Chine à modérer l’Iran ou à protéger les routes commerciales vitales pour l’Europe affaiblit cette posture diplomatique et valide les thèses de Rhodium sur la nécessité d’une autonomie européenne accrue.
-> Perturbation des chaînes de valeur sino-européennes : Le blocage des routes maritimes au Moyen- Orient renchérit mécaniquement le coût des importations chinoises. Cela pourrait paradoxalement accélérer le « Made in Europe » prôné par Merz, non plus seulement par choix politique, mais par nécessité logistique, changeant ainsi les projections de Rhodium sur le déficit commercial.
En résumé
Si Merz a réussi à redonner une voix forte à l’Allemagne en Europe, ses réformes structurelles sont désormais percutées par l’économie de guerre. Pour le Rhodium Group, le « Choc Chinois » n’est plus un sujet isolé : il s’inscrit maintenant dans une crise de la mondialisation où la sécurité des approvisionnements (énergie et composants) prime sur l’optimisation des coûts.
